France · Article 82 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés

Consentement aux cookies en France : l’article 82 et les règles de la CNIL

En France, l’article 82 de la loi Informatique et Libertés impose un consentement préalable avant le dépôt ou la lecture de tout cookie ou traceur qui n’est pas strictement nécessaire, et la CNIL le fait appliquer plus qu’aucune autre autorité européenne. Refuser doit être aussi simple qu’accepter : un bouton Tout refuser a donc sa place dès le premier écran, à côté de Tout accepter, et la CNIL considère que conserver le choix du visiteur pendant 6 mois est une bonne pratique. La mesure d’audience interne peut être exemptée de consentement sous des conditions strictes, et les amendes pour manquement à l’article 82 atteignent 10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires annuel mondial.
Publié le 21 octobre 2026 · Par l’équipe Cookiequiet

En bref

S’applique àTout site ou application qui stocke ou lit des informations sur le terminal d’un utilisateur en France, où que l’éditeur soit établi
Modèle de consentementConsentement préalable (opt-in), au sens du RGPD ; le refus doit être aussi simple que l’acceptation
Règle pour les cookiesArticle 82 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 (Informatique et Libertés), qui transpose l’article 5, paragraphe 3 de la directive ePrivacy
AutoritéCNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) ; les amendes sont prononcées par sa formation restreinte
Amende maximale10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires annuel mondial, le montant le plus élevé étant retenu (article 20, IV, 7° de la loi) ; jusqu’à 20 000 euros en procédure simplifiée
Refus au premier niveauOui : lignes directrices et recommandation de la CNIL du 17 septembre 2020, appliquées dans les sanctions contre Google, Facebook, Microsoft et TikTok
Durée avant de redemanderConserver le choix (consentement ou refus) pendant 6 mois est considéré comme une bonne pratique (recommandation de la CNIL, section 2)

Que dit la loi française sur les cookies ?

La France a transposé l’article 5, paragraphe 3 de la directive ePrivacy à l’article 82 de la loi du 6 janvier 1978, dite loi Informatique et Libertés. L’article 82 prévoit que tout utilisateur doit être informé de manière claire et complète de la finalité de toute action tendant à accéder à des informations stockées dans son équipement terminal, ou à inscrire des informations dans cet équipement, ainsi que des moyens dont il dispose pour s’y opposer, et que ces accès ou inscriptions ne peuvent avoir lieu qu’après son consentement. Deux exceptions s’appliquent : l’accès ou l’inscription qui a pour finalité exclusive de permettre ou faciliter la communication par voie électronique, et celui qui est strictement nécessaire à la fourniture d’un service de communication en ligne à la demande expresse de l’utilisateur.

La CNIL explique sa lecture de l’article 82 dans deux textes adoptés le 17 septembre 2020 : des lignes directrices (délibération n° 2020-091) et une recommandation accompagnée d’exemples pratiques (délibération n° 2020-092). Les lignes directrices disent ce que la loi exige ; la recommandation propose des moyens de s’y conformer et n’est pas contraignante en tant que telle. Les sites avaient jusqu’à fin mars 2021 pour s’adapter, et la CNIL mène des contrôles sur les cookies chaque année depuis.

Qu’est-ce qui a changé en 2025 et 2026 ?

Le 18 décembre 2025, la CNIL a adopté la délibération n° 2025-131, qui ajoute à la recommandation de 2020 un chapitre sur le consentement multi-terminaux ; une version consolidée a été publiée le 16 janvier 2026. Un site où les visiteurs se connectent à un compte peut appliquer un même choix à tous les terminaux rattachés à ce compte, à deux conditions seulement : un refus ou un retrait doit se propager d’un terminal à l’autre de la même façon qu’un consentement, et le visiteur doit être informé avant de choisir que son choix vaudra pour tous ses terminaux connectés. Le mécanisme est facultatif.

Que doit faire un bandeau cookies en France ?

Les lignes directrices et la recommandation décrivent un bandeau qui :

  • ne dépose aucun cookie soumis à consentement avant que le visiteur agisse ; le silence ne vaut jamais consentement, et si fermer le bandeau vaut refus, le bandeau doit le dire ;
  • propose le refus avec le même degré de simplicité que l’acceptation, ce qui signifie en pratique des boutons « Tout accepter » et « Tout refuser » dès le premier écran, au même niveau et sous le même format ;
  • présente les finalités avant le choix, avec la possibilité d’accepter ou de refuser finalité par finalité, et nomme les sociétés qui utilisent les traceurs ;
  • permet de retirer son consentement à tout moment, aussi facilement qu’il a été donné ;
  • conserve le choix pour ne pas redemander trop tôt. La recommandation considère que conserver aussi bien le consentement que le refus pendant 6 mois est une bonne pratique, et recommande de redemander à intervalles appropriés.

L’éditeur doit pouvoir prouver que le consentement a été recueilli. Notre article sur les lignes directrices de la CNIL reprend la recommandation point par point.

Pas en règle générale, mais ils ne sont pas non plus interdits par principe. Les lignes directrices de 2019 de la CNIL interdisaient les cookie walls de manière générale, et le Conseil d’État a annulé cette interdiction générale le 19 juin 2020, au motif qu’un texte de droit souple ne pouvait pas poser une interdiction absolue. Les lignes directrices de 2020 indiquent donc que subordonner l’accès à un site à l’acceptation de traceurs est susceptible, dans certains cas, de porter atteinte à la liberté du consentement, et que la licéité d’un cookie wall s’apprécie au cas par cas. Lorsqu’un cookie wall est utilisé, le visiteur doit être clairement informé que refuser le prive de l’accès au contenu.

Les cookies de mesure d’audience exigent-ils un consentement en France ?

Pas toujours. La France est l’un des rares pays à prévoir une exemption pour la mesure d’audience. La CNIL considère que les traceurs utilisés uniquement pour mesurer l’audience d’un site ou d’une application, pour le compte exclusif de l’éditeur, sont strictement nécessaires et exemptés de consentement s’ils :

  • servent uniquement à la mesure d’audience, et non au suivi d’une personne entre sites ou applications ;
  • produisent uniquement des statistiques anonymes, sans recoupement avec d’autres traitements ni transmission des données à des tiers ;
  • ont une durée de vie limitée à ce qui est nécessaire pour comparer les audiences dans le temps, par exemple 13 mois, sans prorogation automatique lors des nouvelles visites ;
  • conservent les informations collectées pendant 25 mois au plus ;
  • sont portés à la connaissance des visiteurs, par exemple dans la politique de confidentialité.

Une installation standard de Google Analytics 4 ne remplit pas ces conditions, car les données ne restent pas chez le seul éditeur. Un outil configuré pour les remplir toutes peut s’exécuter avant le choix du visiteur. Voir la mesure d’audience sans consentement pour les options.

À combien s’élèvent les amendes en France ?

Les manquements à l’article 82 sont sanctionnés sur le fondement de l’article 20, IV, 7° de la loi : jusqu’à 10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires annuel mondial, le montant le plus élevé étant retenu. La formation restreinte a appliqué ce plafond dans sa décision du 31 décembre 2021 contre Google. Les dossiers plus modestes passent par la procédure simplifiée (article 22-1), avec des amendes jusqu’à 20 000 euros, portées à 100 000 euros pour les organismes dont le chiffre d’affaires dépasse 50 millions d’euros, et le nom de l’organisme n’est pas publié.

Comme les amendes cookies sont prononcées sur le fondement du droit français et non du RGPD, le guichet unique du RGPD ne s’applique pas, et la CNIL peut sanctionner directement des sociétés dont le siège est en Irlande pour des cookies déposés sur les terminaux d’utilisateurs en France. Les principales décisions de la formation restreinte :

Date de la décisionSociétéAmendeConstat principal
7 décembre 2020Google LLC et Google Ireland100 millions d’eurosCookies publicitaires déposés sur google.fr sans consentement
7 décembre 2020Amazon Europe Core35 millions d’eurosCookies publicitaires déposés sur amazon.fr sans consentement
31 décembre 2021Google LLC et Google Ireland150 millions d’eurosRefuser demandait plusieurs clics, accepter un seul
31 décembre 2021Facebook Ireland60 millions d’eurosMême asymétrie sur facebook.com
19 décembre 2022Microsoft Ireland60 millions d’eurosCookies déposés sur bing.com sans consentement, pas de refus simple
29 décembre 2022TikTok5 millions d’eurosPas de refus en un clic
29 décembre 2023Yahoo EMEA10 millions d’eurosUne vingtaine de cookies publicitaires déposés sans consentement
14 novembre 2024Orange50 millions d’eurosPublicités affichées entre les e-mails et cookies lus après le retrait du consentement
1er septembre 2025Google LLC et Google Ireland325 millions d’eurosCookies déposés à la création d’un compte Gmail sans consentement valable, publicités entre les e-mails
1er septembre 2025Infinite Styles Services (Shein)150 millions d’eurosCookies déposés sur shein.com sans consentement
20 novembre 2025Les Publications Condé Nast750 000 eurosCookies déposés sans consentement sur vanityfair.fr après une injonction antérieure
27 novembre 2025American Express Carte France1,5 million d’eurosTraceurs déposés avant tout choix et malgré un refus, lus après le retrait

Le schéma est constant : des cookies déposés avant tout choix, un refus plus difficile que l’acceptation, des choix non respectés et des cookies encore lus après que le visiteur a retiré son consentement.

Comment Cookiequiet s’adapte aux règles françaises ?

L’installation de Cookiequiet tient en une balise script et environ cinq minutes : le scan remplit le tableau des cookies, Tout accepter et Tout refuser figurent au premier niveau avec le même poids par défaut, et le bandeau s’affiche en français pour les visiteurs dont le navigateur le demande. Chaque choix est enregistré dans un registre des consentements avec sa date et la version du bandeau, et le ciblage géographique est inclus dans toutes les offres, y compris Free. Pour savoir lesquels de vos cookies exigent un consentement, lancez le scanner de cookies gratuit.

Questions

L’article 82 ne mentionne aucun bouton, mais la CNIL exige que le refus soit aussi simple que l’acceptation. Sa recommandation de 2020 prend pour exemple des boutons Tout accepter et Tout refuser au même niveau et sous le même format, et elle a sanctionné Google, Facebook, Microsoft et TikTok pour des bandeaux où refuser demandait plus de clics qu’accepter. Un bouton Tout refuser dès le premier écran est la conception sûre.
La CNIL considère que conserver le choix du visiteur, consentement ou refus, pendant 6 mois est une bonne pratique, et recommande de renouveler le consentement à intervalles appropriés. Redemander à chaque visite après un refus est le type de pression que la CNIL considère comme portant atteinte à la liberté du choix.
Pas dans sa configuration standard. L’exemption de la CNIL ne couvre que la mesure d’audience réalisée pour le compte exclusif de l’éditeur, produisant des statistiques anonymes, sans transmission à des tiers, avec une durée de vie des traceurs d’environ 13 mois et des données conservées 25 mois au plus. Google Analytics 4 tel qu’il est habituellement installé ne remplit pas ces conditions et exige donc un consentement.
Oui. Les amendes cookies reposent sur l’article 82 de la loi française, et non sur le RGPD : le guichet unique ne s’applique donc pas. La CNIL a sanctionné Google, Facebook, Microsoft et Shein, tous établis hors de France, pour des cookies déposés sur les terminaux d’utilisateurs en France.

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