Consentement aux cookies en France : l’article 82 et les règles de la CNIL
En France, l’article 82 de la loi Informatique et Libertés impose un consentement préalable avant le dépôt ou la lecture de tout cookie ou traceur qui n’est pas strictement nécessaire, et la CNIL le fait appliquer plus qu’aucune autre autorité européenne. Refuser doit être aussi simple qu’accepter : un bouton Tout refuser a donc sa place dès le premier écran, à côté de Tout accepter, et la CNIL considère que conserver le choix du visiteur pendant 6 mois est une bonne pratique. La mesure d’audience interne peut être exemptée de consentement sous des conditions strictes, et les amendes pour manquement à l’article 82 atteignent 10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires annuel mondial.En bref
| S’applique à | Tout site ou application qui stocke ou lit des informations sur le terminal d’un utilisateur en France, où que l’éditeur soit établi |
| Modèle de consentement | Consentement préalable (opt-in), au sens du RGPD ; le refus doit être aussi simple que l’acceptation |
| Règle pour les cookies | Article 82 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 (Informatique et Libertés), qui transpose l’article 5, paragraphe 3 de la directive ePrivacy |
| Autorité | CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) ; les amendes sont prononcées par sa formation restreinte |
| Amende maximale | 10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires annuel mondial, le montant le plus élevé étant retenu (article 20, IV, 7° de la loi) ; jusqu’à 20 000 euros en procédure simplifiée |
| Refus au premier niveau | Oui : lignes directrices et recommandation de la CNIL du 17 septembre 2020, appliquées dans les sanctions contre Google, Facebook, Microsoft et TikTok |
| Durée avant de redemander | Conserver le choix (consentement ou refus) pendant 6 mois est considéré comme une bonne pratique (recommandation de la CNIL, section 2) |
Que dit la loi française sur les cookies ?
La France a transposé l’article 5, paragraphe 3 de la directive ePrivacy à l’article 82 de la loi du 6 janvier 1978, dite loi Informatique et Libertés. L’article 82 prévoit que tout utilisateur doit être informé de manière claire et complète de la finalité de toute action tendant à accéder à des informations stockées dans son équipement terminal, ou à inscrire des informations dans cet équipement, ainsi que des moyens dont il dispose pour s’y opposer, et que ces accès ou inscriptions ne peuvent avoir lieu qu’après son consentement. Deux exceptions s’appliquent : l’accès ou l’inscription qui a pour finalité exclusive de permettre ou faciliter la communication par voie électronique, et celui qui est strictement nécessaire à la fourniture d’un service de communication en ligne à la demande expresse de l’utilisateur.
La CNIL explique sa lecture de l’article 82 dans deux textes adoptés le 17 septembre 2020 : des lignes directrices (délibération n° 2020-091) et une recommandation accompagnée d’exemples pratiques (délibération n° 2020-092). Les lignes directrices disent ce que la loi exige ; la recommandation propose des moyens de s’y conformer et n’est pas contraignante en tant que telle. Les sites avaient jusqu’à fin mars 2021 pour s’adapter, et la CNIL mène des contrôles sur les cookies chaque année depuis.
Qu’est-ce qui a changé en 2025 et 2026 ?
Le 18 décembre 2025, la CNIL a adopté la délibération n° 2025-131, qui ajoute à la recommandation de 2020 un chapitre sur le consentement multi-terminaux ; une version consolidée a été publiée le 16 janvier 2026. Un site où les visiteurs se connectent à un compte peut appliquer un même choix à tous les terminaux rattachés à ce compte, à deux conditions seulement : un refus ou un retrait doit se propager d’un terminal à l’autre de la même façon qu’un consentement, et le visiteur doit être informé avant de choisir que son choix vaudra pour tous ses terminaux connectés. Le mécanisme est facultatif.
Que doit faire un bandeau cookies en France ?
Les lignes directrices et la recommandation décrivent un bandeau qui :
- ne dépose aucun cookie soumis à consentement avant que le visiteur agisse ; le silence ne vaut jamais consentement, et si fermer le bandeau vaut refus, le bandeau doit le dire ;
- propose le refus avec le même degré de simplicité que l’acceptation, ce qui signifie en pratique des boutons « Tout accepter » et « Tout refuser » dès le premier écran, au même niveau et sous le même format ;
- présente les finalités avant le choix, avec la possibilité d’accepter ou de refuser finalité par finalité, et nomme les sociétés qui utilisent les traceurs ;
- permet de retirer son consentement à tout moment, aussi facilement qu’il a été donné ;
- conserve le choix pour ne pas redemander trop tôt. La recommandation considère que conserver aussi bien le consentement que le refus pendant 6 mois est une bonne pratique, et recommande de redemander à intervalles appropriés.
L’éditeur doit pouvoir prouver que le consentement a été recueilli. Notre article sur les lignes directrices de la CNIL reprend la recommandation point par point.
Les cookie walls sont-ils autorisés en France ?
Pas en règle générale, mais ils ne sont pas non plus interdits par principe. Les lignes directrices de 2019 de la CNIL interdisaient les cookie walls de manière générale, et le Conseil d’État a annulé cette interdiction générale le 19 juin 2020, au motif qu’un texte de droit souple ne pouvait pas poser une interdiction absolue. Les lignes directrices de 2020 indiquent donc que subordonner l’accès à un site à l’acceptation de traceurs est susceptible, dans certains cas, de porter atteinte à la liberté du consentement, et que la licéité d’un cookie wall s’apprécie au cas par cas. Lorsqu’un cookie wall est utilisé, le visiteur doit être clairement informé que refuser le prive de l’accès au contenu.
Les cookies de mesure d’audience exigent-ils un consentement en France ?
Pas toujours. La France est l’un des rares pays à prévoir une exemption pour la mesure d’audience. La CNIL considère que les traceurs utilisés uniquement pour mesurer l’audience d’un site ou d’une application, pour le compte exclusif de l’éditeur, sont strictement nécessaires et exemptés de consentement s’ils :
- servent uniquement à la mesure d’audience, et non au suivi d’une personne entre sites ou applications ;
- produisent uniquement des statistiques anonymes, sans recoupement avec d’autres traitements ni transmission des données à des tiers ;
- ont une durée de vie limitée à ce qui est nécessaire pour comparer les audiences dans le temps, par exemple 13 mois, sans prorogation automatique lors des nouvelles visites ;
- conservent les informations collectées pendant 25 mois au plus ;
- sont portés à la connaissance des visiteurs, par exemple dans la politique de confidentialité.
Une installation standard de Google Analytics 4 ne remplit pas ces conditions, car les données ne restent pas chez le seul éditeur. Un outil configuré pour les remplir toutes peut s’exécuter avant le choix du visiteur. Voir la mesure d’audience sans consentement pour les options.
À combien s’élèvent les amendes en France ?
Les manquements à l’article 82 sont sanctionnés sur le fondement de l’article 20, IV, 7° de la loi : jusqu’à 10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires annuel mondial, le montant le plus élevé étant retenu. La formation restreinte a appliqué ce plafond dans sa décision du 31 décembre 2021 contre Google. Les dossiers plus modestes passent par la procédure simplifiée (article 22-1), avec des amendes jusqu’à 20 000 euros, portées à 100 000 euros pour les organismes dont le chiffre d’affaires dépasse 50 millions d’euros, et le nom de l’organisme n’est pas publié.
Comme les amendes cookies sont prononcées sur le fondement du droit français et non du RGPD, le guichet unique du RGPD ne s’applique pas, et la CNIL peut sanctionner directement des sociétés dont le siège est en Irlande pour des cookies déposés sur les terminaux d’utilisateurs en France. Les principales décisions de la formation restreinte :
| Date de la décision | Société | Amende | Constat principal |
|---|---|---|---|
| 7 décembre 2020 | Google LLC et Google Ireland | 100 millions d’euros | Cookies publicitaires déposés sur google.fr sans consentement |
| 7 décembre 2020 | Amazon Europe Core | 35 millions d’euros | Cookies publicitaires déposés sur amazon.fr sans consentement |
| 31 décembre 2021 | Google LLC et Google Ireland | 150 millions d’euros | Refuser demandait plusieurs clics, accepter un seul |
| 31 décembre 2021 | Facebook Ireland | 60 millions d’euros | Même asymétrie sur facebook.com |
| 19 décembre 2022 | Microsoft Ireland | 60 millions d’euros | Cookies déposés sur bing.com sans consentement, pas de refus simple |
| 29 décembre 2022 | TikTok | 5 millions d’euros | Pas de refus en un clic |
| 29 décembre 2023 | Yahoo EMEA | 10 millions d’euros | Une vingtaine de cookies publicitaires déposés sans consentement |
| 14 novembre 2024 | Orange | 50 millions d’euros | Publicités affichées entre les e-mails et cookies lus après le retrait du consentement |
| 1er septembre 2025 | Google LLC et Google Ireland | 325 millions d’euros | Cookies déposés à la création d’un compte Gmail sans consentement valable, publicités entre les e-mails |
| 1er septembre 2025 | Infinite Styles Services (Shein) | 150 millions d’euros | Cookies déposés sur shein.com sans consentement |
| 20 novembre 2025 | Les Publications Condé Nast | 750 000 euros | Cookies déposés sans consentement sur vanityfair.fr après une injonction antérieure |
| 27 novembre 2025 | American Express Carte France | 1,5 million d’euros | Traceurs déposés avant tout choix et malgré un refus, lus après le retrait |
Le schéma est constant : des cookies déposés avant tout choix, un refus plus difficile que l’acceptation, des choix non respectés et des cookies encore lus après que le visiteur a retiré son consentement.
Comment Cookiequiet s’adapte aux règles françaises ?
L’installation de Cookiequiet tient en une balise script et environ cinq minutes : le scan remplit le tableau des cookies, Tout accepter et Tout refuser figurent au premier niveau avec le même poids par défaut, et le bandeau s’affiche en français pour les visiteurs dont le navigateur le demande. Chaque choix est enregistré dans un registre des consentements avec sa date et la version du bandeau, et le ciblage géographique est inclus dans toutes les offres, y compris Free. Pour savoir lesquels de vos cookies exigent un consentement, lancez le scanner de cookies gratuit.
Questions
Sources
- Loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés (articles 20, 22-1 et 82), Légifrance
- CNIL, Lignes directrices cookies et autres traceurs (délibération n° 2020-091 du 17 septembre 2020)
- CNIL, Recommandation cookies et autres traceurs, version consolidée du 16 janvier 2026 (délibérations n° 2020-092 et n° 2025-131)
- CNIL, formation restreinte, délibération SAN-2021-023 du 31 décembre 2021 (Google, 150 millions d’euros, plafond de 2 % du chiffre d’affaires), Légifrance
- CNIL, Les sanctions prononcées par la CNIL (liste des sanctions)
- CEPD, The French Supervisory Authority fines ORANGE 50 million euros (décision du 14 novembre 2024)
- CNIL, Cookies : deux sanctions contre SHEIN et GOOGLE (décision du 1er septembre 2025, communiqué du 3 septembre 2025)
- CNIL, Cookies déposés sans consentement : l’éditeur de vanityfair.fr sanctionné de 750 000 euros (décision du 20 novembre 2025, communiqué du 27 novembre 2025)
- CNIL, Cookies : sanction de 1,5 million d’euros à l’encontre d’AMERICAN EXPRESS (décision du 27 novembre 2025, communiqué du 3 décembre 2025)